J'ai toujours admiré la doctrine du juste milieu de Confucius et je l'ai souvent utilisée comme principe directeur. Avez-vous remarqué comme, de nos jours, on parle constamment de quelque chose sans en connaître le sens profond ? Je n'exagère pas en disant que j'en fais partie ! Une rencontre fortuite m'a incité à approfondir le sens de cette doctrine du juste milieu.
Le grand penseur et éducateur chinois Confucius expliquait ainsi la Doctrine du Juste Milieu : « Ce que le Ciel accorde à l’homme s’appelle nature humaine ; suivre cette nature s’appelle la Voie ; cultiver la Voie s’appelle éducation. » Dans cette phrase concise, il révèle que le cœur de la Doctrine du Juste Milieu est l’éducation personnelle. « Ce que le Ciel accorde à l’homme s’appelle nature humaine » signifie que la nature humaine est fondamentalement bonne. « Suivre cette nature s’appelle la Voie » signifie que la voie de l’éducation personnelle consiste à agir conformément à sa bonté innée. « Cultiver la Voie s’appelle éducation » signifie que l’éducation personnelle consiste à se cultiver selon les principes humains.
Pourquoi Confucius prônait-il la doctrine du juste milieu ? Il affirmait : « La vertu du juste milieu est véritablement suprême ! Elle a longtemps été rare parmi le peuple. » Cela signifie que la doctrine du juste milieu est une vertu suprême, qui a longtemps fait défaut au peuple. Le but principal de Confucius était de préserver l’ordre social de son époque, conformément aux rites Zhou. Confucius vécut durant la période des Printemps et Automnes, une époque de déclin des rites et de la musique, marquée par le déclin du pouvoir royal, la montée en puissance des seigneurs féodaux, des guerres incessantes et une grande souffrance. Confucius consacra sa vie à la restauration d’un ordre social conforme aux rites Zhou, et c’est dans ce but qu’il défendit la doctrine du juste milieu.
Avons-nous encore besoin de la doctrine du juste milieu dans la société moderne ? La doctrine du juste milieu de Confucius a influencé la Chine pendant des millénaires. On peut dire qu'elle constitue le fondement de la philosophie confucéenne et son principe moral suprême. L'idée principale de la doctrine du juste milieu réside dans l'examen des principes universels de conduite : ni trop, ni trop peu, mais juste ce qu'il faut – telle est la doctrine du juste milieu.
Certains pourraient affirmer que la doctrine du juste milieu n'est qu'un compromis sans principes. Or, il n'en est rien. Confucius disait : « L'hypocrite est un voleur de vertu. » Ici, « hypocrite » désigne une personne sans principes, opportuniste, égoïste et hypocrite. Par conséquent, les préjugés à l'égard de la doctrine du juste milieu proviennent d'une mauvaise interprétation par les générations suivantes. Cela est également lié à l'évolution de certains concepts au cours de son développement ultérieur.
Ainsi, l'essence de la Doctrine du Juste Milieu prônée par Confucius n'est pas, comme certains l'entendent, une absence de principes. Son sens originel est : « Évitez les extrêmes et empruntez la voie du milieu. » Il s'agit d'éliminer les préjugés et de choisir le bon chemin. Elle incarne un esprit digne, serein et magnanime, ainsi qu'une grande ouverture d'esprit. La juste compréhension de la Doctrine du Juste Milieu – « ni trop, ni trop peu » – nous invite à distinguer le bien du mal et à discerner le noir du blanc. Elle nous enseigne à saisir le juste milieu des choses, c'est-à-dire leur essence, dans nos actions.
Dans son essai « Sur la doctrine du juste milieu », Konosuke Matsushita, le « dieu de l'entreprise » au Japon, affirmait que la véritable essence de la doctrine du juste milieu est : « Ne pas être rigide, ne pas être extrême, mais rechercher la modération et la justesse » ; la doctrine du juste milieu « n'est pas ambiguë, mais la voie de la vérité, la voie de la droiture ». Fort de cette conviction, Matsushita a bâti progressivement un empire commercial.
Au vu de l'état actuel de notre société, faute de juste milieu, le développement social tend à dévier vers la gauche ou la droite, entraînant de fréquents changements de politique. Cette absence de juste milieu confère aux deux ailes une marge de manœuvre considérable, dépassant les limites de la tolérance. Par conséquent, notre société souffre d'un manque de tolérance. Ainsi, elle fluctue constamment, oscillant entre la gauche et la droite, ce qui, en fin de compte, nuit aux citoyens ordinaires comme nous.
La véritable doctrine du juste milieu prend la nature humaine pour centre, ou, comme on l'appelle communément aujourd'hui, est « centrée sur l'humain ». Elle vise à respecter le développement individuel de chaque personne tout en assurant l'harmonie et l'unité avec le développement global de la société, et poursuit simultanément le développement de toute l'humanité et de la nature pour atteindre un état d'« unité du ciel et de l'humanité ». C'est ce que signifie bâtir une société harmonieuse.
Dans la vie quotidienne, certains poursuivent excessivement les désirs matériels, tandis que d'autres sont excessivement assidus et disciplinés ; certains gaspillent leur argent sans discernement, tandis que d'autres sont extrêmement avares ; aucun de ces comportements n'est normal. De même qu'une main, un poing constamment serré se déforme, de même qu'une main toujours ouverte ; le poing et la paume doivent pouvoir s'ouvrir et se fermer librement pour être normaux. Par conséquent, tout doit être fait avec modération, sans parti pris : c'est le principe du juste milieu. Voici quatre suggestions pour mettre en pratique le principe du juste milieu au quotidien :
Tout d'abord, il ne faut pas trop travailler : la vie est indissociable du travail, et chacun doit travailler. Si la diligence est importante, elle ne doit pas être excessive. Un travail trop acharné engendre la peur des difficultés et des épreuves, ce qui nuit à la persévérance. C'est pourquoi la plupart des entreprises fonctionnent désormais avec une journée de travail de huit heures, de 8 h à 17 h, offrant ainsi un horaire de travail défini. De plus, beaucoup proposent non seulement des week-ends de repos, mais aussi des week-ends prolongés de deux jours, afin de prévenir le surmenage.
Deuxièmement, il convient de ne pas s'adonner aux plaisirs excessifs : l'être humain ne peut vivre sans biens matériels ; une possession modérée est essentielle à la survie. Cependant, certains en abusent, poursuivant sans retenue les cinq désirs, comme manger des mets raffinés, porter de la soie précieuse, vivre dans des immeubles de luxe et conduire des voitures de prestige. La recherche excessive des plaisirs matériels, jusqu'au gaspillage, est comparable à un compte bancaire : si l'on dépense trop, on finit par s'endetter. Il est donc important de profiter de ses bienfaits et de ses liens karmiques avec modération, sans les épuiser.
Troisièmement, ne soyez pas trop dur avec les autres : dans les interactions humaines, il est important de savoir se comporter avec autrui. La qualité première est la bienveillance et la considération. Pour ceux qui occupent des postes à responsabilité, il est essentiel de « traiter les autres comme on aimerait être traité soi-même », voire d’être « indulgent envers les autres et rigoureux envers soi-même ». Se montrer dur ou trop indulgent envers autrui n’est pas la bonne attitude.
Quatrièmement, ne soyez pas trop dépensier : certains adorent acheter des articles du quotidien et faire du shopping sans cesse, tandis que d’autres ne jurent que par les marques. En réalité, il suffit d’avoir des objets utiles et suffisants. Évitez le luxe excessif. Posséder trop de biens matériels n’est pas forcément une bonne chose. Comme le dit l’adage, « l’homme est esclave de ses possessions », et avoir trop de richesses matérielles peut parfois devenir un fardeau.
La modération n'est pas synonyme de médiocrité, ni de concessions sans principes, et encore moins d'hypocrisie, d'opportunisme ou de condescendance. On parle souvent avec aisance de la doctrine du juste milieu, mais la mettre en pratique est incroyablement difficile ! (Auteur : Zheng Linfang)
Source : Branche Henan de la Radio nationale chinoise ; Editeur : Yang Ting